Le dossard R204 fait coup double ! – Mon marathon

Il y a 5 mois de cela, je me suis lancé le défi un peu fou (à mes yeux) de finir un triathlon ! Le constat était simple le vélo était mon point fort grâce à mes quelques sorties remises en forme et mon tout nouveau jouet en carbone. Ce jour-là, je devais totaliser 300km en 2 ans … (je trouvai ça bien moi …). Je n’avais jamais couru de ma vie, mais pensais m’y mettre entre midi et deux au travail.

Là vous vous demandez surement (tout comme moi) à quel moment le marathon va prendre forme … Pour ces 5 mois, en lisant ce blogue vous découvrirez le chemin accompli jusqu’à ce jour et vous serez donc libre de commenter ma préparation. Je vais présenter ici le déroulement de ce qu’est « mon exploit ».

Tout a commencé au travail avec l’objectif de courir le marathon en équipe. Très rapidement, je me suis donné l’objectif de courir « plus » que mon relais de 8,7km. Très rapidement l’objectif et l’envie sont fixés, je veux courir 21,1km ! Le semi-marathon c’est un truc énorme 2h … et quelques minutes à courir. Se faire mal, juste pour … « Le plaisir » et rien d’autre.

En évoquant cet objectif, nombreux ont été ceux qui m’ont charrié en me proposant le marathon au complet …

Mais restons sérieux, je prendrai donc le départ de ce marathon avec mon dossard rouge de relayeur ! (Objectif secret de semi-marathon)

 J-3 : Retrait des dossards. En tant que Régional de l’étape, j’ai été chargé de récupérer les dossards de l’équipe le jeudi soir en rentrant du travail. Je découvre ainsi l’univers de la compétition. Les dossards, le village, l’ambiance n’est pas très grande mais finalement ça prend au cœur. Cela donne vraiment envie et je sens monter en moi l‘impatience du jour J. On nous a attribué le dossard « R204 » écrit en noir sur fond rouge. Avec un « R » signalant notre inscription en relai.

J-2 : Le dernier briefing avec l’équipe lors du resto à midi. Ça rigole, ça charrie. L’ambiance est bonne et tout le monde à l’air bien motivé dans l’équipe Micropole. Seul Thomas, relayeur N3 n’est pas au rendez-vous pour cause de RDV chez le dentiste (il est pardonné pour l’occase).

J-1 : La pression monte, l’envie est là, la peur des 21,1km se fait sentir (ma plus longue course à ce moment était de 15km). Mais dans la Tête, ‘Tof ainsi que Madame m’ont mis le doute : 42,195 km … Ca tourne dans ma tête, et si c’était faisable ? Mais très vite, je me considère comme utopiste et me recentre sur le semi ! Au soir, je prépare mes affaires, je recense les gels, les barres, prépare le dossard, les chaussettes et commence à me mettre dans l’ambiance ! Tout est prêt, seul le mental doute et je ne sais plus à quel kilomètre m’arrêter.

La préparation

Jour J : Le réveil sonne à 6h, c’est très dur. Je n’ai pas vraiment réussi à dormir, mais l’heure n’est plus à la complainte, il faut prendre un bon petit déjeuné. Au menu, un kiwi, une banane, une barre de céréale et un peu d’isostar pour la boisson. Rien d’exceptionnel, mais je préfère ne pas changer mes habitudes. Je file aux toilettes, car j’ai une fâcheuse habitude de pisser toutes les heures. J’ai donc l’idée de me débarrasser de ce genre de problème le plus tôt possible. J’enfile ensuite mes affaires et en faisant quelques étirements attends ‘Tof qui doit venir me chercher à 7h.

H-2 : Un dernier pipi avant le départ et nous sommes donc dans la voiture, ça plaisante, on se lamente sur l’horaire trop matinal, on discute objectif des uns et des autres et de mon coté, ce sera donc le semi puis le plus loin possible …

H-1 : garés, nous entamons le chemin vers la consigne. Je sens le stress qui monte en moi. ‘Tof me paraît détendu. Nous laissons donc nos sacs consignes assez rapidement et nous dirigeons vers le départ. L’Ambiance est là ! Je suis impressionné du nombre de fous furieux qui vont se faire mal à une heure si matinale ! (Et dire que j’en fais partie …). À ce moment je pense à la petite équipe du mardi soir et leur objectif « -3H » … Ils sont encore plus fous que ce que j’imaginais ! Faire ça à cette heure-là, vous êtes fous ! Je me reconcentre sur moi même et trouve un dernier petit abri pour mon dernier petit soulagement d’avant course. Je reste impressionné par la foule. Nous prenons la photo départ, et rentrons en piste. J’envoie un dernier message à Madame, à mes parents et quelques amis. J’envoie deux tweets et deviens vraiment stressé !

Je suis prêt

Mais qu’est-ce que je fais là ? Pourquoi ?

« Départ dans 2 minutes » : la speakerine fait monter la pression, petit à petit, les premiers sas partent, et puis positionnés dans le sas 3h45, le moment arrive !

Sas départ

« Top départ » !

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La pression tombe. Les premiers pas se font en marchant, et puis nous franchissons enfin le portique bleu. Petit regard avec ‘Tof, synchronisation des montres et puis nous entamons les premières foulés.

Je viens donc de prendre le départ de ma première « compétition » en course à pied !

Les sourires et la joie se voient sur tous les visages, j’hallucine, c’est du pur bonheur. Il y a 5 minutes je connaissais une de mes plus grosses angoisses et puis soudain un excès de bonheur. Si bien que je chercherai très vite (vers le 2ème km) un petit coin pour me soulager. ‘Tof me propose de garder la gauche de la route pour se retrouver. Ce que je fais plutôt rapidement. Nous voyons nous dépasser un nombre incalculable de concourant et de drapeau : 4h … 4h30 …  Qu’à cela ne tienne, ne nous grillons pas tout de suite, le chemin est encore long ! La «  ballade » de la promenade des Anglais se passe dans une superbe ambiance avec déconnades et hallucinations (certains concourant pieds nus ou en tongs …).

Les Very Important Pintades

Très vite nous arrivons donc à l’aéroport puis déjà au point relais symbolisant la remise de mon dossard !

Point chrono : 8.7km en 56 minutes

Relais Numéro 2 : Aujourd’hui je cours deux courses en une. Je dois certes finir mon semi-marathon, mais nous avons avant tous une équipe Micropole à amener au bout ! J’abandonne donc ‘Tof qui m’indique rester sur la gauche de la route afin de donner le dossard relai avec la puce au deuxième relayeur : Sarah. Pour l’histoire, Sarah n’est pas une grande sportive et lui propose donc de courir les 3km de ce relai à deux. Je serai énormément impressionné par sa course. Je n’ai même pas ralenti. J’ai quand même senti qu’elle avait tout donné et qu’il ne fallait pas 1km de plus ! J’abandonne donc Sarah qui va donner le relais à Thomas notre 3ème relayeur pour retrouver ‘Tof assez rapidement grâce à la belle performance de Sarah.

Point chrono : 11.7km en 1h15 minutes

Relais Numéro 3 : Thomas semble plutôt pressé et me donnant une petite tape dans le dos me dépassera comme une fusée (il n’a que 5km à effectuer). Je suis donc débarrassé de la première course. Je n’ai plus qu’à me concentrer sur mon objectif personnel. Courir le plus loin possible. Nous sommes à peu près à 15km et me sent très bien. Tout à coup, je retrouve sur le bord de la route Thomas complètement mort. Il reprend le train en route et en voyant son état plutôt mal en point, je lui propose de reprendre le dossard afin qu’il récupère un peu sans s’occuper du relais. Nous arrivons à ce stade vers le marina. Les premiers supporters seront postés sur la petite portion de N7 avec la belle-sœur (surtout là pour ‘Tof mais qui m’encouragera aussi) et les 3 petits qui étaient un peu « perturbés ». Je suis à cet instant un peu déçu de ne pas trouver Madame. J’étais prévenu, Madame n’est pas matinale … Perturbé, je l’étais moi aussi au vu des tempêtes de vent se déchainant contre moi, pauvre coureur du dimanche … C’est assez impressionnant.

La marina

Des barrières sont projetées par les rafales de vent, mais je suis encore en possession du dossard de l’équipe et je me dois donc de continuer au moins jusqu’au relais suivant ! Le passage de relais se passe à l’intérieur de la marina et je passe donc le dossard à Nico, 4ème relayeur. Plutôt surpris de me voir je lui touche deux mots sur l’explication et le laisse s’échapper vers le prochain point !

Point chrono : 16.9km en 1h50 minutes

Relais Numéro 4 : À 17 km, nous nous retrouvons donc sur la route de la mer.

Route de la mer

Entre Villeneuve-Loubet et Antibes. Dans ma tête c’est ici que se joue l’objectif. Les 21km sont au bout de la ligne droite ! J’ai déjà emprunté cette route plus d’une fois. En voiture, à vélo, à pied sur 200m pour rejoindre la plage, mais je n’ai jamais osé courir jusqu’ici ! J’exprimerai à ‘Tof que j’ai dépassé la longueur de mon plus grand entrainement et que je suis donc à cet instant dans l’inconnu le plus total en terme de distance kilométrique, mais aussi de durée d’effort en cap. Le moral est très bon, les jambes commencent à devenir lourdes, mais répondent encore. Nous discutons avec d’autres coureurs, on profite du paysage en exprimant la chance que nous avons de courir ici, à la maison avec un soleil magnifique … mais un vent à déstabiliser un coureur ! Cette ligne droite n’en finit plus jusqu’à l’objectif ! Le panneau des 21km s’approche et je voulais vraiment immortaliser ce moment ! (J’ai pas encore la photo du Tel de ‘Tof) Courir 21 km en 2h18 minutes ! À cet instant je suis super fier de moi. J’ai gagné le droit de changer ma paire de chaussures et de me faire plaisir !

 

À partir de maintenant, tout ce qui passe n’est que du bonus. Nous sommes à la Fontonne et si je calcule encore correctement, il reste la même chose à faire. Petit calcul : 2h18 * 2 = 4h36 +1h de bonus ça donne 5h36 … (Ce calcul me fera bien rire sur le coup … courir plus de 2h était déjà complètement hallucinant, mais alors plus de 5 …)

Enfin, je n’en suis pas encore là. L’avantage d’être du coin c’est la connaissance du parcours ! Eh oui, je sais que les portions les plus dures sont encore devant. Le dénivelé ainsi que la prise au vent maximale arrivent. Antibes, c’est une belle ville, je profite un maximum de la chance que j’ai d’être ici à courir et je savoure. Je savoure, mais commence à rire jaune. Les jambes se font très lourdes. Les articulations commencent à faire mal. C’est un moment un peu dur. Il y a de nombreux supporters qui scandent le nom de tous les coureurs et je trouve ça vraiment super. J’entends des « Aller Christophe », « Allez Jérôme », « Allez Marine » …

Je n’entends jamais de « Jean-Lo », … et oui, je porte un dossard rouge ! Le R204. Pas de prénom. J’entends juste quelques concurrents et spectateurs expliquant le fait que les dossards rouges sont en relais et ne font que des petites parties. J’étais sur le coup plutôt déçu. Je voulais moi aussi entendre les gens m’envoyer un encouragement personnalisé. Je voulais, mais j’en avais aussi besoin. C’est à ce moment que j’ai réalisé la chance que j’avais de courir au côté de ‘Tof. J’ai eu le droit grâce à lui à mes encouragements perso : « Allez R204 » puis très vite « R2D2 » et autres déclinaisons. Je me suis senti réconforté à me savoir encouragé et accompagné. Mine de rien, si je suis en train de courir, c’est entièrement de sa faute. C’est lui qui est à l’origine de mon objectif de triathlon !

Je profite donc de ces encouragements et remets un petit coup de jus dans les jambes pour continuer encore un peu.

Point chrono : 25km en 2h50 minutes

Relais Numéro 5 : Cette fois-ci ce n’est plus moi qui passe le dossard. La course devient longue. Les jambes sont lourdes, les articulations font mal. Je l’ai déjà dit ça non ? Et bien c’est encore un peu amplifié. Ça devient très dur et nous attaquons le cap d’Antibes. Le moment tant redouté est là. C’est à ce moment-là que la barre des 3h tombes. Nous aurons une pensée pour la « -3h team » en imaginant que le vent les aura un peu contrariés. Sachant que je suis au 26ème kilomètre, je suis encore plus impressionné de la performance tentée par ces grands malades. Je pense que les entrainements du mardi se feront avec beaucoup d’humilité. À ce moment et au vu des rafales de vent qui nous frappent, nous imaginons, avec ‘Tof que la barre des 3h ne sera peut-être pas atteinte. Mais qu’importe le temps il n’y a pas de doute que la perf sera énorme.

Je me recentre sur ma course et souffre donc toujours en compagnie de ‘Tof attendant toujours avec un peu plus d’impatience le ravitaillement suivant. Les ravitaillements sont devenus de petits rituels avec quelques pas de marches (de plus en plus) et le moment de prendre un peu d’énergie ainsi que de converser avec les bénévoles sans qui nous ne pourrions pas réaliser nos « exploits » (merci à eux tous). J’en suis maintenant au stade ou j’essaie de ne plus penser à la souffrance des jambes et me réconforte sur le fait que mon cardio est parfait ! Je suis toujours capable de parler, de rigoler et cela me réconforte. Les 30km approchent. Il paraît qu’il existe le fameux « mur des 30 » … beaucoup en parlent … certains échouent. Moi je serai déjà tellement fier de le toucher … Le ravitaillement est là. Nous nous accordons donc une petite pause marche. Je prends un verre d’eau, un carré de chocolat et m’approchant d’une tranche de quatre quarts, j’entends un « Ho, mais c’est Jean-Laurent » … Je ne comprends pas vraiment ce qu’il se passe je regarde la personne dans les yeux et celle-ci m’aide un peu pour la reconnaitre. C’est en fait Solange. Qui travaille au cabinet de mon père. Je m’excuse vraiment de ne pas l’avoir reconnu, mais je n’étais plus vraiment moi-même à ce moment ! Elle avait promis à mon père de me ravitailler au mieux. C’est chose faite. Et puis j’ai enfin eu mon petit encouragement personnalisé. Ça m’a fait super plaisir. Je ne m’y attendais absolument pas. Le pourcentage de chance que cela arrive est très faible. J’aurai pu m’arrêter à l’une des 10 autres tables, mais il a fallu que je m’arrête ici. C’est un signe, il faut que je continue.

La montée du cap est maintenant vaincue, il faut redescendre et affronter la tempête. La descente fait très mal. Le vent pousse. Je cherche à m’abriter sur les bords de routes, mais rien n’y fait. Les embruns nous éclaboussent, le vent nous pousse et les jambes implorent le répit. Nous basculons donc au cap avec la vue en direction de Cannes. Nous sommes maintenant tournés en direction de l’objectif. Le panneau des 31km s’approche et nous profitons du moment pour faire une petite pause photo (Vue que ce n’est pas demain que je recommencerais, autant en profiter).

31 KM
31 KM – Marathon Nice – Cannes 2013

Panorama splendide, mer déchainée, soleil magnifique et des coureurs zigzagants entre les rafales de vents. À chaque pas j’ai l’impression de reculer de deux pas. Il ne faut pas lâcher maintenant ! De toute façon, il n’y a pas de gare pour me ramener à la maison donc il faut continuer !

Le prochain objectif mental est maintenant centré sur Juan les pin. ‘Tof m’indique que je ne suis pas obligé de l’attendre. Les jambes n’en ont pas les moyens … nous continuons encore ensemble. Mon corps est en souffrance. Je me demande encore une fois que est-ce que je fais là. Beaucoup de choses sont un peu brouillonnes dans ma tête. C’est surement le fameux mur des 30 km ! Je viens quand même d’effectuer le double de ma plus grosse distance parcourue jusqu’à présent. À ce moment je me demande vraiment si faire du sport c’est ce que je vis en ce moment. Je suis à la fois super heureux, super fier de moi d’avoir accompli tout ce chemin, mais en même temps je m’en veux de me faire si mal ! Les petites pauses marche se font de plus en plus récurrentes (nous ne sommes pas les seuls) et la souffrance commence vraiment à se voir sur les visages tout autour de moi. Je m’imagine avec une grimace horrible. Mais ce qui me fait vraiment marrer en y repensant c’est que je suis content. J’ai mal comme jamais, je sais que ce n’est pas fini et moi je savoure, j’apprécie. J’aime ça … C’est vraiment fou comme sentiment. Et puis je me  retourne et me trouve seul. ‘Tof n’est plus là. Il a dû marcher un peu et moi tant concentré je ne l’ai pas vu et ne me suis pas arrêté. J’hésite à m’arrêter pour l’attendre ou à continuer et puis je me dis que c’est peut-être le moment où il faut vivre sa course seul pour la finir. J’approche des 35km et je suis encore « un peu » en état d’avancer. C’est à ce moment que je commence à comprendre que je vais probablement devenir marathonien. Mais pour ça, je ne dois rien lâcher. Je décide de me mettre en mode écouteurs sur les oreilles pour me concentrer sur moi-même. Je marche un peu pour me préparer à cette dernière étape en solitaire. C’est au moment où je me remets en ordre de marche que ‘Tof me rattrape. Je ne sais pas combien de temps cela durera, mais à ce moment j’étais seul sur la route. Direction cannes et les 42.195km ! À cet instant j’espère que mon corps me permettra d’aller au bout. Je me suis juré avant toute chose de rentrer à la maison par mes propres moyens et non avec les pompiers ou l’ambulance. Je cours… ou plutôt j’avance. Il ne reste maintenant plus grand-chose à faire. Je fais cette distance très régulièrement entre midi et deux.

Point chrono : 35.8km en 4h18 minutes

Relais Numéro 6 : Je suis maintenant à Golfe Juan. Plus de 4h que « je me déplace ». J’ai mal. Je souffre. Le plaisir se dissipe à grande vitesse. L’émotion est très présente. J’avoue avoir senti quelques larmes coulées sur mes joues. Je suis toujours incapable de savoir si c’était de la douleur ou la joie. Mais je m’accroche. La route est encore longue et est loin d’être plate. J’essaie de ne plus faire de pause marche, mais plutôt de trottiner pour récupérer. À ce moment mon téléphone me lâche et je n’ai plus de musique. Je suis seul. Entouré de nombreux coureurs, mais seul dans mon effort. Je dépasse énormément de coureurs. Je suis enfin dans une phase ou je rattrape du monde. C’est plutôt bien venu pour le moral. La route s’élève et la douleur aussi. Les kilomètres ne défilent plus aussi vite que sur la promenade des Anglais et maintenant je n’ai plus envie que de finir. Le plaisir s’évanouit petit à petit pour laisser place à de la souffrance pure. Mes jambes avance plus de manières automatiques grâce à l’élan que par ma volonté me semble-t-il. Et pourtant il me reste encore quelques kilomètres à parcourir. D’autres larmes se font sentir avec un subtil mélange d’accomplissement et de douleurs. Le kilomètre 39 se fait maintenant attendre. J’ai l’impression qu’il n’arrive jamais. Il pointe finalement son nez et l’indication d’un dernier ravitaillement aussi. Celui-ci est très bien venu ! Je suis à Cannes ! Je n’y crois presque pas. Cependant mes yeux croisant des coureurs sous des couvertures de survie allongés sur le bas-côté, les pompiers et secouristes aux aguets me font froids dans le dos. Vais-je finir pareil ? Non ! Je vais finir sur mes jambes et rentrer à la maison me reposer ! 40 km … C’est un beau chiffre. On arrondit souvent le marathon à 40 kilomètres. J’entame donc la partie que beaucoup oublient. Cela fait presque 5h que je suis dans cet enfer. Et il me reste « seulement » 2.195 kilomètres à parcourir. En un sens ce n’est pas grand-chose après tout ce chemin. 2.195 kilomètres, ça ressemble au couloir de la mort … J’aurai cru être heureux d’arriver à 2 km de l’arrivée, mais non. J’ai l’impression d’avoir encore un marathon à courir. Je ne sais même plus ou j’ai mal. J’ai mal. 41km … une petite larme. Le portique d’arrivée n’est même pas en vue. Il reste quelques virages. J’entends du bruit je sens que la foule est proche et si loin à la fois. L’émotion commence à monter lorsque j’aperçois le kilomètre 42 et les barrières symbolisant le couloir final. Cette fois c’est la fin. Je suis au bout. J’aurai fini mon marathon. Et puis venue de nulle part j’entends mon prénom. Je ne comprends pas trop. Je vois Madame qui est là derrière la barrière. De l’autre côté de la route. Je me rapproche, j’ai le droit à un bisou et des encouragements, mais ma tête ne pense qu’à franchir la ligne. Alors très vite je reprends mes jambes à mon cou et finis ses fameux 195m qui sont les derniers moments d’une course entre douleur et joie. Ce n’est qu’après ceux-ci que je serai marathonien.

Point chrono : 42.195km en 5h12 minutes

Il est 13h12, j’ai franchi la ligne d’arrivée. Mes jambes ont tout donné, moi aussi. Je suis heureux ! Je suis fier ! Je regarde autour de moi, je suis comme dans une cage avec de grands grillages. Je reprends quelque peu mon souffle affalé sur le grillage le temps que Madame me rejoigne. Ce n’est qu’à ce moment que j’aurai la présence d’esprit d’arrêter ma montre GPS. Ça y est. Je suis allé encore plus loin que l’objectif. Je déambule donc dans l’allée, commençant à me rendre compte de ce que j’ai fait, me rendant à la remise des prix …

On m’interpelle et me prie de bien vouloir prendre sur la droite. Je m’exécute. Et c’est là que je comprends que mon dossard rouge ne me donne pas le droit de continuer dans le sas des « marathoniens ».

Pour les relayeurs c’est la petite porte. Je ramasse mon sac de consignes seul. Je me dirige vers une table déserte ou attendent 4 morceaux d’orange et 4 verres d’eau. Personne pour me les tendre. Je ne comprends pas vraiment où je suis et ne comprends pas comment sortir de ces grillages. Il n’y a personne pour me l’indiquer. Les bénévoles sont de l’autre côté, là où les semi-marathoniens et les marathoniens finissent. Je trouve finalement une ouverture entre deux grilles et me faufile pour me retrouver libéré dans la foule. Il me reste à essayer de retrouver Madame et un morceau de la team relai qui m’a attendu à l’arrivée. Je récupère donc ma médaille de marathonien « relai » en reprenant mon souffle.

Finish avec la Team Micropole

Finish avec 'Tof

Nous ne serons finalement que très peu à savoir que le dossard R204 a franchi 2 fois la ligne. Une première fois en 4h16m34s puis une deuxième fois en 5h12 approximativement.

Voilà, je suis un marathonien de l’ombre. Pas de temps officiel, pas d’applause en grande pompe, pas de tape dans le dos avec un « You are a marathonian ». Mais je me dirige hyper fier de moi vers la gare de cannes ou une foule attend impatiemment le prochain train en direction de Nice.

Les derniers pas sont durs pour retrouver mon canapé douillet. Les muscles et les articulations s’expriment comme jamais. Je peux enfin profiter d’un bon bain bien chaud vers 15h30 pour réaliser réellement que j’ai couru un marathon après seulement 5 mois et 260km d’entrainement. Maintenant il me reste à récupérer. Je commence à imaginer les courbatures et les douleurs des jours à venir. Qu’importe, on ne pourra plus me le reprendre ! J’ai couru un marathon !

 

Cependant, nous n’arrivons pas encore à la fin de l’histoire. Non, ceci n’est qu’une étape dans ma préparation d’un triathlon. Je me dis que j’ai déjà franchi une grande étape dans ma prépa course à pied ! Maintenant il faut se remobiliser pour l’entrainement et profiter du fait que je l’ai fait !

 

Pour finir, voici la trace GPS de cette course folle :

À suivre !

 

 

 

 

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